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Alcool

Alcool et médicaments : ce qu'il faut savoir

⏱ 6 min de lectureRelu par Dr Camille Perrotte, psychiatre addictologuePublié le Mis à jour le
En résumé

L’alcool peut renforcer l’effet de certains médicaments (somnolence, hypoglycémie), provoquer une réaction désagréable avec d’autres (effet antabuse) ou faire varier l’efficacité d’un traitement. Tous les médicaments ne sont pas concernés : la notice du vôtre fait foi. En cas de doute, demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin avant de boire.

« Est-ce que je peux boire un verre avec mon traitement ? » La question est légitime, et la réponse varie d’un médicament à l’autre. Cette page présente ce que disent les documents officiels : le thésaurus des interactions médicamenteuses de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et les notices des médicaments. Elle renvoie vers nos pages dédiées pour les antibiotiques, les anticoagulants et les antidépresseurs.

Trois façons dont l’alcool peut interagir

Le thésaurus de l’ANSM consacre une entrée à l’« alcool (boisson ou excipient) ». En la lisant, on distingue trois grands cas de figure :

  • l’alcool renforce un effet du médicament : c’est le cas des médicaments sédatifs, dont l’alcool majore l’effet, ou de l’insuline, dont il augmente la réaction hypoglycémique ;
  • l’alcool provoque une réaction avec le médicament : c’est l’effet antabuse (chaleur, rougeurs, vomissements, accélération du cœur) ;
  • l’alcool fait varier l’effet du traitement : pour la warfarine, un anticoagulant, le résumé des caractéristiques du produit (RCP) décrit un effet augmenté lors d’une intoxication aiguë par l’alcool et diminué en cas de consommation chronique.

Le thésaurus signale d’autres situations plus particulières : un risque de démangeaisons et de rougeurs avec l’acide nicotinique, et une contre-indication avec l’acitrétine (un traitement de certaines maladies de peau) chez la femme en âge d’avoir des enfants, à cause d’un risque grave pour une future grossesse.

Les médicaments qui font dormir ou qui calment

C’est la famille la plus large. Le thésaurus regroupe sous le nom de « médicaments sédatifs » des substances qui additionnent leurs effets et diminuent la vigilance : dérivés morphiniques (antidouleurs, médicaments contre la toux, traitements de substitution), benzodiazépines et autres anxiolytiques, somnifères (hypnotiques), neuroleptiques, antidépresseurs sédatifs, antihistaminiques sédatifs (certains médicaments contre l’allergie), mais aussi le baclofène.

Avec l’alcool, l’association est déconseillée : l’alcool majore leur effet sédatif, et la baisse de vigilance rend dangereuses la conduite et l’utilisation de machines.

L’exemple de l’alprazolam (Xanax), une benzodiazépine, est parlant. Sa notice déconseille formellement l’alcool pendant toute la durée du traitement. Son RCP précise que le pronostic vital peut être menacé en cas d’intoxication associant plusieurs dépresseurs du système nerveux central, dont l’alcool.

Diabète : un risque d’hypoglycémie

Trois familles de médicaments du diabète figurent dans le thésaurus, avec une association déconseillée :

  • l’insuline : l’alcool augmente la réaction hypoglycémique et empêche l’organisme de compenser, ce qui peut faciliter un coma hypoglycémique ;
  • les sulfamides hypoglycémiants : même risque, avec en plus un possible effet antabuse pour certains d’entre eux (glibenclamide, glipizide, tolbutamide) ;
  • la metformine : le risque d’acidose lactique est majoré lors d’une intoxication aiguë par l’alcool, surtout en cas de jeûne, de dénutrition ou de maladie du foie.

Effet antabuse : le cas de certains antibiotiques

Certains médicaments provoquent une réaction dite antabuse quand on boit de l’alcool : sensation de chaleur, rougeurs, vomissements, accélération du rythme cardiaque. Parmi eux, des antibiotiques comme le métronidazole (Flagyl) ou le tinidazole, des antifongiques, et le disulfirame, un médicament utilisé justement pour aider à ne pas boire.

Le thésaurus demande d’éviter les boissons alcoolisées et les médicaments qui contiennent de l’alcool, et d’attendre l’élimination complète du médicament avant d’en reprendre. Pour le détail, voir notre page sur les antibiotiques et l’alcool.

Anticoagulants et antidépresseurs

Ces deux familles ont chacune leur page, car leurs documents officiels ne disent pas la même chose.

  • Anticoagulants : pour les antivitamines K (warfarine, fluindione), le RCP signale que l’alcool peut faire varier l’effet anticoagulant, d’où l’importance du suivi par l’INR. Les notices des anticoagulants plus récents ne mentionnent pas l’alcool. Voir anticoagulants et alcool.
  • Antidépresseurs : leurs notices déconseillent l’alcool, soit parce qu’il renforce la somnolence (mirtazapine, amitriptyline), soit par précaution, comme avec tous les médicaments qui agissent sur le cerveau (escitalopram, sertraline). Voir antidépresseurs et alcool.

Le paracétamol

Le paracétamol se prend souvent sans ordonnance, et on pense rarement à l’alcool. Pourtant, la notice du Doliprane 1000 mg indique que la consommation de boissons alcoolisées pendant le traitement est déconseillée. Elle demande aussi de prendre l’avis du médecin avant d’utiliser du paracétamol si l’on consomme régulièrement de l’alcool ou si l’on a arrêté de boire récemment. Son RCP range la consommation chronique d’alcool parmi les situations où le risque d’intoxication grave est particulièrement élevé.

L’alcool caché dans certains médicaments

Le thésaurus parle d’alcool « boisson ou excipient » : un excipient est un composant du médicament autre que la substance active. Certains médicaments contiennent donc de l’alcool. C’est le cas de certains sirops contre la toux. Autre exemple, la solution buvable de Laroxyl (amitriptyline) liste l’alcool éthylique parmi ses excipients à effet notoire.

Ces quantités sont souvent faibles. Mais quand un médicament provoque un effet antabuse, le thésaurus demande d’éviter aussi les médicaments qui contiennent de l’alcool. La présence d’alcool est indiquée dans la notice, à la rubrique des excipients à effet notoire.

Au volant : alcool et médicaments s’additionnent

Selon l’ANSM (2023), 3 à 4 % des accidents de la route en France sont attribuables aux médicaments, et les effets sédatifs multiplient par 2 à 5 le risque d’accident. Un pictogramme à trois niveaux, sur la boîte, indique le risque : le niveau 3 concerne pratiquement tous les somnifères, le niveau 2 notamment des antidépresseurs, des antidouleurs et des tranquillisants.

L’ANSM le souligne : même sous la limite légale de 0,5 g d’alcool par litre de sang, on peut être hors d’état de conduire si l’on a pris un médicament qui agit sur la conduite ou qui contient de l’alcool.

Le bon réflexe : notice, pharmacien, médecin

Avant de boire pendant un traitement :

  1. Lisez la notice, en particulier la rubrique qui porte sur les aliments, les boissons et l’alcool. L’ANSM rappelle que la notice et le RCP de chaque médicament sont les seuls documents de référence sur les interactions : son thésaurus n’est plus mis à jour depuis septembre 2023.
  2. Demandez conseil à votre pharmacien, ou à votre médecin, en cas d’association entre alcool et médicaments. N’oubliez pas les médicaments pris sans ordonnance.
  3. Parlez-en à votre médecin, et ne modifiez ni n’arrêtez un traitement de vous-même pour pouvoir boire.

L’option la plus sûre est de ne pas boire d’alcool avec certains médicaments.

Quand l’alcool est difficile à mettre de côté

Renoncer à boire le temps d’un traitement est simple pour certains, plus difficile pour d’autres. Si vous vous rendez compte que c’est compliqué, ce n’est pas une faute : c’est une information utile. Notre test d’auto-évaluation permet de faire le point sur votre consommation, et notre page sur le parcours pour arrêter de boire présente les étapes possibles, avec un professionnel.

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Questions fréquentes

Peut-on boire un verre en prenant des médicaments ?

Cela dépend du médicament. Certains ne posent pas de problème connu avec l'alcool, d'autres le rendent déconseillé, voire dangereux. La référence est la notice de votre médicament, que l'ANSM désigne avec le résumé des caractéristiques du produit comme seuls documents de référence sur les interactions. En cas de doute, demandez l'avis de votre pharmacien ou de votre médecin.

Quels médicaments ne faut-il pas mélanger avec l'alcool ?

Le thésaurus des interactions de l'ANSM déconseille notamment l'alcool avec les médicaments qui provoquent un effet antabuse (comme le métronidazole), avec les médicaments sédatifs (benzodiazépines, somnifères, morphiniques, certains antidépresseurs et antihistaminiques), avec l'insuline, la metformine et les sulfamides hypoglycémiants, et avec les IMAO irréversibles. Cette liste n'est pas exhaustive : la notice de chaque médicament fait foi.

Peut-on boire de l'alcool avec du paracétamol ?

La notice du paracétamol (Doliprane 1000 mg) indique que la consommation de boissons alcoolisées pendant le traitement est déconseillée. Elle demande aussi l'avis du médecin avant d'en prendre si vous consommez régulièrement de l'alcool ou si vous avez arrêté de boire récemment.

Certains médicaments contiennent-ils de l'alcool ?

Oui. L'alcool peut être un excipient, c'est-à-dire un composant du médicament, comme dans certains sirops contre la toux ou dans la solution buvable de Laroxyl. C'est pourquoi l'ANSM parle d'alcool « boisson ou excipient ». La rubrique « excipients à effet notoire » de la notice le signale.

Alcool et somnifères ou anxiolytiques : quel risque ?

L'alcool majore l'effet sédatif de ces médicaments. L'ANSM déconseille l'association, car la baisse de vigilance rend dangereuses la conduite et l'utilisation de machines. Pour une benzodiazépine comme l'alprazolam (Xanax), le RCP précise que le pronostic vital peut être menacé en cas d'intoxication associant plusieurs dépresseurs du système nerveux central, dont l'alcool.

Sources

  1. Thésaurus des interactions médicamenteuses (septembre 2023) — ANSM
  2. Thésaurus des interactions médicamenteuses — ANSM
  3. Agir en premier recours pour diminuer le risque alcool – Repérer tous les usages et accompagner chaque personne — Haute Autorité de Santé, 20 juillet 2023
  4. Comment réduire les risques de la consommation d’alcool ? — Santé publique France, 26 janvier 2026
  5. COUMADINE 2 mg, comprimé sécable — RCP et notice — Base de Données Publique des Médicaments
  6. SEROPLEX 10 mg, comprimé pelliculé sécable — RCP et notice — Base de Données Publique des Médicaments
  7. ZOLOFT 50 mg, gélule — RCP et notice — Base de Données Publique des Médicaments
  8. NORSET 15 mg, comprimé pelliculé — RCP et notice — Base de Données Publique des Médicaments
  9. LAROXYL 40 mg/ml, solution buvable — RCP et notice — Base de Données Publique des Médicaments
  10. XANAX 0,25 mg, comprimé sécable — RCP et notice — Base de Données Publique des Médicaments
  11. DOLIPRANE 1000 mg, comprimé — RCP et notice — Base de Données Publique des Médicaments
  12. Médicaments et conduite (dossier thématique) — ANSM
Article rédigé par l'équipe éditoriale Eos Care
Relu par Dr Camille Perrotte, psychiatre addictologue — le 12 octobre 2026

Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé.

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