La peur d'arrêter de boire : la comprendre pour avancer
Vous savez que l’alcool prend trop de place, vous pensez à arrêter… et quelque chose vous retient. Cette peur est fréquente, et elle a souvent de bonnes raisons d’exister. La comprendre aide à avancer.
Avoir peur d’arrêter est courant : peur du manque, de rater, des émotions, du regard des autres, d’une vie sans alcool.
La peur du sevrage est légitime : un avis médical permet d’arrêter en sécurité, et des traitements soulagent les symptômes.
La rechute n’est pas un échec : elle fait souvent partie du parcours.
Arrêter d’un coup n’est pas la seule option : l’objectif se choisit avec vous.
Vous pouvez en parler sans être jugé, gratuitement et de façon confidentielle.
Avoir peur d’arrêter, c’est fréquent
Les soignants connaissent bien cette hésitation. Il y a d’abord une étape où l’on n’envisage pas encore de changer, souvent par manque de confiance en soi, après des tentatives passées ou par peur des conséquences. Vient ensuite une phase où l’on pèse le pour et le contre.
Ce déséquilibre a une explication : les inconvénients d’un changement se font sentir tout de suite, alors que ceux de l’alcool se situent surtout à long terme. Rien d’étonnant, donc, à ce que l’on ait envie de repousser. Hésiter n’est pas un manque de volonté : c’est souvent le signe que l’on commence à y penser sérieusement.
La peur du manque
C’est souvent la première crainte, et elle est légitime. Quand on boit régulièrement, des symptômes de sevrage peuvent apparaître quelques heures après le dernier verre : anxiété, irritabilité, troubles du sommeil, sueurs, tremblements, nausées. Ils durent en général entre 4 et 10 jours, selon Alcool Info Service. Il est normal d’appréhender ces symptômes, et il ne faut pas hésiter à en parler.
Ce qui rassure : ce passage se prépare. Un médecin peut évaluer les risques, et des médicaments peuvent soulager les symptômes des premiers jours. La Haute Autorité de santé souligne le danger possible d’un arrêt brutal quand un trouble de l’usage de l’alcool est installé : c’est justement pour cela qu’il vaut mieux ne pas le faire seul. Une forte diminution peut aussi provoquer des signes de manque.
La peur d’échouer ou de rechuter
« Et si je n’y arrive pas ? » Cette crainte revient souvent. Santé publique France l’a identifiée comme un frein à la participation au premier Défi de janvier, en 2020.
Il est utile de savoir que la rechute est plutôt la règle que l’exception, et que l’échec ne doit pas être attribué à la personne. Le parcours n’est pas linéaire : des améliorations et des reprises peuvent se succéder. La honte et le sentiment de fatalité font partie des raisons pour lesquelles on renonce à se faire aider. Une reprise de consommation est une information sur ce qui a été difficile, pas un verdict.
La peur de l’angoisse et des émotions
Beaucoup de personnes boivent aussi pour se calmer. Arrêter fait donc craindre de se retrouver face à son anxiété. Cette crainte n’est pas infondée : l’anxiété fait partie des symptômes possibles du sevrage, parfois parce que l’effet calmant de l’alcool disparaît. Des émotions que l’alcool « étouffait » peuvent aussi remonter plus fort au début.
Ce n’est pas une raison de renoncer, mais une raison d’être accompagné. Un soutien psychologique peut aider à envisager l’arrêt plus sereinement. Pour comprendre ce lien : alcool et anxiété.
La peur d’une vie « sans »
Les fêtes, les apéritifs, les amis : on peut craindre de perdre sa place ou son plaisir. L’évaluation du Défi de janvier 2020 montre que cette pression est réelle : les participants ont découvert une pression sociale à boire dont ils n’avaient pas conscience, et certains ont dû se justifier, parfois face à des moqueries.
Pourtant, chacun a le droit de refuser un verre sans que ce soit une impolitesse, et l’on ne doit pas stigmatiser une personne qui ne boit pas. Vous n’avez pas à vous justifier. Des psychiatres addictologues proposent une autre façon de voir : arrêter ou réduire ne sont pas une fin en soi, mais des moyens d’améliorer sa qualité de vie. Pour des idées concrètes : arrêter de boire sans renoncer à sa vie sociale.
La peur d’être jugé
Parler de sa consommation, c’est exposer quelque chose d’intime. Le jugement moral et les discours stigmatisants freinent ces échanges avec les soignants, qui doivent accueillir chaque personne sans jugement.
Si pousser la porte d’un cabinet vous paraît difficile, d’autres portes existent. Les CSAPA proposent un accompagnement gratuit et confidentiel. Une ligne d’écoute anonyme est aussi joignable 7 jours sur 7, de 8 h à 2 h, ou par chat.
La peur de devoir tout arrêter d’un coup
Pour beaucoup, « arrêter » sonne comme « plus jamais ». Ce n’est pas la seule voie. La Société française d’alcoologie (2023) recommande aux soignants d’accepter l’objectif de la personne : l’arrêt complet ou la réduction. La sortie d’une consommation à risque ne peut en effet se réduire au seul objectif de l’abstinence, trop souvent source de souffrance et d’échec.
Réduire peut être une étape vers l’arrêt. L’arrêt complet reste l’objectif le plus sûr pour la plupart des personnes dépendantes : un professionnel peut vous aider à choisir. Pour les différentes options : comment arrêter de boire.
Apprivoiser ses peurs, concrètement
Quelques pistes :
- Écrivez vos motivations et gardez la liste à portée de main, pour les moments de doute.
- Pesez le pour et le contre : ce que l’alcool vous apporte, ce qu’il vous coûte, ce que vous craignez de perdre.
- Informez-vous sur le sevrage : mieux on le connaît, mieux on le gère.
- Parlez-en à une personne de confiance, qui pourra vous soutenir.
- Fixez une date, et avancez un jour à la fois.
- Faites le point avec votre médecin, ou commencez par le test d’auto-évaluation.
Pour vous donner de l’élan, voyez aussi ce que l’arrêt peut changer. Et si vous préférez être accompagné à distance : découvrir l’accompagnement Eos Care.
Se faire accompagner, sans avance de frais
Eos Care est une clinique d'addictologie : un suivi médical spécialisé, 100 % à distance et confidentiel, sans reste à charge et sans délai, pour reprendre le contrôle de ses consommations.
Tiers payant, sans dépassement d’honorairesQuestions fréquentes
Est-ce normal d'avoir peur d'arrêter de boire ?
Oui. Les soignants le savent bien : avant de changer, beaucoup de personnes hésitent, par manque de confiance, après des tentatives passées ou par peur des conséquences. Les inconvénients d'un changement se font sentir tout de suite, alors que ceux du statu quo arrivent plus tard. Il est normal d'appréhender les symptômes de sevrage, et il ne faut pas hésiter à en parler.
Le sevrage est-il forcément dangereux ?
Non, mais il faut le prendre au sérieux. Si vous ne buvez pas tous les jours et n'avez jamais ressenti de signes de manque, diminuer ou arrêter est possible sans aide. En cas de dépendance, un arrêt brutal peut être dangereux, souligne la Haute Autorité de santé : un avis médical permet d'arrêter en sécurité, et des médicaments peuvent soulager les symptômes. En cas d'hallucinations, de confusion ou de convulsions, appelez le 15 ou le 112.
Et si je rechute ?
Ce ne serait pas un échec. La rechute est plutôt la règle que l'exception, et l'échec ne doit pas être attribué à la personne. Le parcours n'est pas linéaire : des améliorations et des reprises peuvent se succéder. L'important est de reprendre contact avec la personne qui vous accompagne.
Suis-je obligé d'arrêter complètement ?
Pas forcément. Les soignants sont invités à accepter l'objectif choisi par la personne. La réduction peut être un objectif, ou une étape vers l'arrêt. L'arrêt complet reste l'objectif le plus sûr pour la plupart des personnes dépendantes et en cas de maladie liée à l'alcool : un professionnel peut vous aider à choisir.
À qui parler de mes peurs sans être jugé ?
À votre médecin généraliste, à un professionnel d'un CSAPA (centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie), où l'accompagnement est gratuit et confidentiel, ou à Alcool Info Service, au 0 980 980 930, 7 jours sur 7 de 8 h à 2 h (appel anonyme et non surtaxé), et par chat. Les soignants doivent accueillir chaque personne sans jugement.
Sources
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé.
