Alcool et anxiété : un soulagement qui se retourne
L’alcool peut apaiser sur le moment, et c’est pour cela qu’on s’en sert parfois pour « faire redescendre ». Mais bu en grande quantité ou régulièrement, il entretient et aggrave l’anxiété : on boit pour se calmer, on est plus anxieux ensuite, on boit à nouveau. Dans bien des cas, l’anxiété diminue quand la consommation baisse. Quand elle persiste, elle se soigne, notamment par la psychothérapie.
Un verre pour décompresser après une journée tendue, quelques verres pour être plus à l’aise en soirée : le lien entre alcool et anxiété commence souvent ainsi, sans que rien ne paraisse inquiétant. Puis l’angoisse revient, parfois plus forte, et l’alcool devient la réponse habituelle. Cette page explique ce mécanisme, ce qu’est l’anxiété du lendemain, et comment sortir du cercle.
Pourquoi l’alcool semble calmer l’anxiété
L’alcool a un effet psychotrope : il agit sur le cerveau et peut, sur le moment, être ressenti comme anxiolytique, c’est-à-dire apaisant. Certains troubles psychiques favorisent ainsi la consommation d’alcool, qui finit par prendre une place particulière dans la vie de la personne, comme une façon de faire face.
L’Inserm fait le même constat : le risque d’addiction, notamment à l’alcool, est plus élevé chez les personnes qui souffrent de troubles anxieux. Elles recherchent des substances apaisantes pour contrebalancer leur anxiété, et des mécanismes biologiques communs ne sont pas exclus.
L’alcool peut ainsi être à la fois le « remède » et le « poison ».
Comment l’alcool entretient l’anxiété
À doses élevées et en usage régulier, l’alcool peut favoriser et aggraver l’anxiété. Un cercle vicieux peut s’installer : une consommation excessive peut rendre plus anxieux, et une personne stressée peut avoir envie de boire pour lutter contre son mal-être. Le besoin d’alcool peut alors s’installer, jusqu’à la dépendance.
Un mésusage de l’alcool entraîne d’ailleurs souvent des symptômes anxieux, parfois sévères. C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la santé (OMS) conseille aux personnes anxieuses d’éviter l’alcool ou d’en réduire la consommation, car il peut aggraver l’anxiété.
Quand l’anxiété est un signe de manque
Chez une personne dépendante, l’anxiété peut aussi être un symptôme de manque. À l’arrêt peuvent apparaître anxiété, irritabilité, troubles du sommeil, sueurs, tremblements ou palpitations. Boire soulage alors ces signes, ce qui renforce l’impression que l’alcool « calme ».
Dans ce cas, un arrêt brutal peut être dangereux : la HAS recommande de ne pas arrêter sans accompagnement. La page sur le sevrage de l’alcool explique pourquoi et comment il est encadré.
L’anxiété du lendemain
Beaucoup de personnes décrivent, le lendemain d’une soirée où elles ont trop bu, une angoisse diffuse, de la culpabilité, le cœur qui s’emballe. Ce n’est pas une impression : ces signes font partie de la gueule de bois, que les médecins appellent « veisalgie ».
Selon une fiche de la Société française d’alcoologie, les premiers signes apparaissent 6 à 8 heures après avoir trop bu et s’étalent sur une vingtaine d’heures. Ils associent notamment :
- fatigue, mal-être, soif intense et maux de tête ;
- palpitations, sueurs, bouffées de chaleur ;
- insomnie, difficultés d’attention et de mémoire ;
- irritabilité, culpabilité et remords, anxiété, humeur sombre.
Leur intensité est liée en particulier à la quantité d’alcool bue. Il n’existe aucun traitement qui les prévienne ou les guérisse, sinon boire moins. Les nuits agitées qui suivent une soirée arrosée y contribuent.
Trouble anxieux et trouble de l’usage : souvent ensemble
L’anxiété ponctuelle fait partie de la vie. On parle de trouble anxieux quand la peur ou l’inquiétude sont fréquentes, intenses et excessives, durent longtemps et gênent la vie quotidienne. Elles s’accompagnent souvent de difficultés à se concentrer, d’irritabilité, de palpitations, de sueurs ou de tremblements, de troubles du sommeil, ou d’un sentiment de danger imminent. En France, selon des données de la HAS reprises par l’Inserm en 2021, 15 % des adultes de 18 à 65 ans présentent des troubles anxieux sévères au cours d’une année.
Trouble anxieux et trouble de l’usage de l’alcool vont souvent de pair. Selon la SFA, plus d’un tiers des personnes qui ont un mésusage de l’alcool présentent au cours de leur vie un trouble psychiatrique associé, en particulier une dépression ou un trouble anxieux. Et chacun aggrave l’autre : le trouble psychiatrique rend le mésusage plus sévère, et l’alcool aggrave les symptômes.
Parmi les associations les plus fréquentes : l’anxiété généralisée, la phobie sociale, le trouble panique, l’agoraphobie, le trouble obsessionnel compulsif, et le stress post-traumatique. Les troubles anxieux augmentent le risque de dépression : si l’humeur est aussi touchée, il est important d’en parler à un médecin.
L’alcool ou un trouble anxieux ? Faire la part des choses
Quand on boit beaucoup, il est difficile de savoir ce qui vient de l’alcool et ce qui existait avant. Les symptômes anxieux liés au mésusage disparaissent ou s’atténuent souvent après un sevrage ou une forte réduction de la consommation.
Pour cette raison, ses recommandations prévoient une période d’au moins deux semaines sans alcool (ou avec une consommation à faible risque, selon la situation) avant de conclure à un trouble anxieux. Un traitement de fond par antidépresseur ne se discute qu’après une réévaluation, une fois la personne abstinente ou revenue à une consommation simple depuis 2 à 4 semaines.
L’anxiété ne disparaît pas toujours d’un coup. Après l’arrêt, l’esprit peut avoir besoin de plus de temps que le corps : l’alcool servait de « béquille », et y renoncer oblige à faire face à des émotions plus fortes. Un soutien psychologique aide à traverser cette étape.
Sortir du cercle
Faire le point sur sa consommation est un bon début : le test de dépendance à l’alcool aide à situer ses habitudes. Ensuite, plusieurs leviers se combinent.
- Réduire ou arrêter, avec un avis médical. En cas de dépendance, ne pas arrêter brutalement seul (HAS). Les étapes sont détaillées dans comment arrêter de boire.
- Soigner l’anxiété elle-même. Les psychothérapies sont des traitements essentiels des troubles anxieux ; les thérapies cognitives et comportementales (TCC) sont les mieux étayées. D’autres approches existent, comme la pleine conscience ou l’EMDR. Des médicaments peuvent être proposés par le médecin.
- Bouger et apprendre à se détendre. Pour l’anxiété associée au mésusage de l’alcool, l’activité physique, les techniques de relaxation et la bibliothérapie (s’aider de livres ou de programmes structurés) sont les interventions les mieux évaluées, selon la SFA.
Le médecin traitant est un bon premier interlocuteur, pour la consommation comme pour l’anxiété. Les centres médico-psychologiques (CMP) accueillent gratuitement, en urgence ou sur rendez-vous, toute personne en souffrance psychique. Alcool Info Service répond tous les jours de 8 h à 2 h au 0 980 980 930, de façon anonyme et sans surcoût.
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L'alcool calme-t-il l'anxiété ?
Sur le moment, il peut donner une impression d'apaisement : c'est souvent pour cela qu'on boit quand on est tendu. Mais à doses élevées et en consommation régulière, l'alcool peut au contraire favoriser et aggraver l'anxiété. L'OMS conseille d'ailleurs aux personnes anxieuses d'éviter l'alcool ou d'en boire moins.
Pourquoi est-on angoissé le lendemain d'une soirée ?
L'anxiété fait partie des signes de la gueule de bois, avec la fatigue, le mal-être, les palpitations, les troubles du sommeil, l'irritabilité et la culpabilité. Ces signes apparaissent 6 à 8 heures après avoir trop bu et s'étalent sur une vingtaine d'heures. Leur intensité dépend notamment de la quantité bue, et rien ne les prévient, sinon boire moins.
L'anxiété disparaît-elle quand on arrête de boire ?
Souvent, oui : les symptômes anxieux liés à l'alcool disparaissent ou s'atténuent fréquemment après un sevrage ou une forte réduction de la consommation. Il est donc conseillé de réévaluer la situation après 2 à 4 semaines sans alcool. L'anxiété peut aussi persister un temps après l'arrêt : un soutien psychologique aide à traverser cette période.
L'anxiété peut-elle être un signe de sevrage ?
Oui. Chez une personne dépendante, l'anxiété fait partie des symptômes de manque, avec l'irritabilité, les sueurs, les tremblements et les troubles du sommeil. Ils apparaissent quelques heures après le dernier verre. L'arrêt brutal peut être dangereux en cas de dépendance : il vaut mieux en parler d'abord à un médecin.
Vers qui se tourner quand on boit pour calmer son anxiété ?
Le médecin traitant est un bon premier interlocuteur, pour la consommation comme pour l'anxiété. Les centres médico-psychologiques (CMP) accueillent gratuitement toute personne en souffrance psychique. Alcool Info Service répond aussi tous les jours de 8 h à 2 h au 0 980 980 930, de façon anonyme et sans surcoût.
Sources
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé.
